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Michaël Jérémiasz, De la révolution à l'oubli : « Des milliers d’enfants handicapés sont mal scolarisés ou mal accompagnés »
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Deux ans après les jeux Paralympiques de Paris 2024 et la désillusion qui a suivi le formidable élan collectif, Michaël Jérémiasz publie un livre pour

Deux ans après les jeux Paralympiques de Paris 2024 et la désillusion qui a suivi le formidable élan collectif, Michaël Jérémiasz publie un livre pour « remettre le handicap au cœur du débat ». Dans De la révolution à l’oubli, en librairies depuis le 10 septembre, le champion de tennis fauteuil pousse un coup de gueule salutaire pour interpeller les candidats à l’élection présidentielle. Il appelle à transformer en profondeur la société et à mettre l’accent sur une école réellement inclusive.
Faire-face.fr : Dans votre livre, tout comme lors de votre intervention à la dernière Conférence nationale du handicap (CNH), vous ne mâchez pas vos mots. Comment qualifieriez-vous cette colère qui vous anime ?
Michaël Jérémiasz : C’est une colère froide. Quand on est plus jeune, on en veut à la terre entière et à tout ce qui vous entrave. Avec l’âge, on décide plutôt de travailler, de construire, de réfléchir et de composer avec les différentes parties en présence. Rencontrer les hommes et les femmes qui peuvent potentiellement changer le monde et améliorer nos conditions de vie, c’est ce que je fais depuis vingt-cinq ans avec conviction.
En 2025, quand la promesse des jeux Paralympiques a été trahie, celle d’une société pour tous et par tous, les périodes de découragement ont été plus nombreuses. Mais l’écriture de ce livre m’a permis de prendre conscience que je voulais continuer à faire entendre ma voix. Dans les mois qui viennent, je compte bien faire en sorte que les personnes handicapées ne soient pas les oubliés de notre société et de l’élection présidentielle.
« L’école doit être la priorité. Et cela implique une réforme profonde de l’Éducation nationale »
F-f.fr : Vous dites qu’il faut une génération pour changer durablement les mentalités. Par quel sujet commencer ?
Depuis vingt-cinq ans, l’ancien champion de tennis fauteuil se bat pour que le handicap sorte de l’ombre et de la bienveillance stérile dans laquelle on le confine. © Didier Echelard

M.J : L’école doit être la priorité. Et cela implique une réforme profonde de l’Éducation nationale. Des milliers d’enfants sont laissés sur le bord de la route, mal scolarisés ou mal accompagnés. Une véritable école inclusive, ce serait 100 % des écoles de la République accessibles à tous, quel que soit le handicap, avec les moyens permettant les adaptations nécessaires. Il faut des AESH en nombre, qualifiés et rémunérés à leur juste valeur.
Les enfants qui grandissent au quotidien avec la diversité telle qu’elle existe réellement n’auront plus, une fois devenus adultes, à être sensibilisés au handicap et à la différence. Ce ne sera pas un sujet de se retrouver dans un restaurant, un cinéma ou une boîte de nuit avec une personne handicapée. Ce sera simplement une réalité.
F-f.fr : Pourquoi ce changement de regard sur le handicap reste-t-il si difficile ?
M.J : Je pense qu’il y a une forme de paresse et de peur de la part de la société. Les personnes valides pensent que ça ne les concerne pas, que ça arrive plutôt aux autres. Or, nous pouvons tous nous retrouver un jour confronté au handicap, pour nous-mêmes ou comme aidant. Si vous rajoutez ceux que j’appelle les “aimants”, c’est-à-dire les proches qui vivent avec une personne handicapée sans être eux-mêmes des aidants, on arrive quasiment à un Français sur deux concerné de près ou de loin.
« Je suis convaincu de l’importance de se réapproprier la rue et d’intensifier les manifestations »
F-f.fr : Vous pointez aussi un manque de mobilisation collective. Pourquoi est-il si difficile de fédérer ?
M.J : Je pointe une forme d’individualisme, mais je suis convaincu de l’importance de se réapproprier la rue et d’intensifier les manifestations, même si ce n’est pas toujours simple pour des questions de mobilité et d’accessibilité. Il y a aussi d’autres manières de se faire entendre. Il existe une nouvelle génération de militants sur les réseaux sociaux et il faut les accompagner.
F-f.fr : Les réseaux sociaux permettent notamment de documenter les discriminations quotidiennes. Qu’en pensez-vous ?
M.J : On le mesurera sur la durée. Moi, je pourrais faire tous les jours des posts sur les discriminations dont je suis victime. Il faut continuer de dénoncer jusqu’à ce qu’un jour les comportements de rejet et d’exclusion cessent.
« J’ai décidé d’adopter un ton plus grave car le bilan politique concernant les personnes handicapées est une honte »
F-f.fr : Vous avez beaucoup utilisé l’humour. Vous écrivez pourtant dans votre livre avoir parfois avoir eu l’impression d’être considéré comme le “bouffon du roi”. Est-ce devenu une limite ?
M.J : Le second degré m’a aidé à accepter ce qui m’arrivait. J’ai toujours fonctionné comme ça, en faisant des bons mots, en provoquant. L’humour m’a ouvert beaucoup de portes, notamment lorsque j’ai commencé à prendre la parole dans les médias, quand j’ai été en présence de responsables politiques ou de chefs d’entreprise. Cela a fait de moi un “bon client”.
Mais aujourd’hui, j’ai décidé d’adopter un ton plus grave car le bilan politique concernant les personnes handicapées est une honte. On me contacte tous les jours pour me raconter les discriminations que subissent des parents ou des enfants, des situations de personnes qui ne bougent pas de chez elles, en raison notamment du manque d’accessibilité, et passent à côté de leur existence.
« Si à un moment, on me propose d’assumer des fonctions politiques, j’y réfléchirai »
F-f.fr : Quelle serait, à vos yeux, la mesure prioritaire pour les mois à venir ?
M.J : Je voudrais que le ministre de l’Éducation nationale réalise, avant de partir, un audit d’accessibilité extrêmement précis de toutes les écoles de la République, publiques comme privées, pour tous les handicaps confondus. Un audit sérieux, avec les moyens nécessaires, qui pointe exactement les chantiers à engager pour transformer la société.
C’est une question de pragmatisme. Si on permet aux enfants d’avoir accès à l’école dès le plus jeune âge, ils auront accès à l’éducation, à la formation et à la qualification. Ils pourront ensuite prétendre à trouver un travail comme tout le monde.
F-f.fr : Dans votre livre, vous n’excluez pas un jour d’exercer une responsabilité politique…
M.J : La fonction d’homme ou de femme politique ne m’a jamais fasciné. En revanche, je suis très soucieux de l’intérêt général. J’ai profondément envie que les choses changent de manière effective. Peut-être que dans quelques années, si on me propose d’assumer des fonctions politiques, j’y réfléchirai.
Aujourd’hui, la réalité est beaucoup plus prosaïque. Vingt-six ans de fauteuil et vingt ans de carrière sportive, ça abîme. Je dois m’occuper de ma santé. Par ailleurs, j’ai deux enfants de 3 et 10 ans que j’ai envie de voir grandir. Donc, pour l’instant, ces priorités sont incompatibles avec une carrière politique très prenante. Je vais faire ma part tout au long de cette campagne électorale. Et je verrai ce que l’avenir me réserve.
De la révolution à l’oubli, Michaël Jérémiasz, éd. Alisio, 2026, 272 p., 21,90 €.
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