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La direction du numérique de l'État quitte Windows pour Linux et demande aux ministères de préparer leur plan - Les Numériques
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Le 8 avril 2026, le gouvernement a présenté sa feuille de route pour réduire la dépendance de l'État aux outils numériques américains. Migration vers Linux, déploiement d'outils collaboratifs souverains et plans ministériels obligatoires.
Le 8 avril 2026, le gouvernement a présenté sa feuille de route pour réduire la dépendance de l’État aux outils numériques américains. Migration vers Linux, déploiement d’outils collaboratifs souverains et plans ministériels obligatoires.
© Ministère de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique. - Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique, porte la stratégie de souveraineté numérique aux côtés de David Amiel.

Depuis le début de l’année 2026, la souveraineté numérique occupe le devant de la scène politique française. L’hypothèse d’une coupure d’accès par les États-Unis à certaines de leurs technologies, les tensions géopolitiques persistantes et la fin du support de Windows 10 en octobre 2025 ont convergé pour faire de la dépendance aux outils américains un sujet brûlant.
Le Premier ministre a chargé la DINUM, la direction qui supervise l’informatique de l’État, de piloter la réponse. Un séminaire interministériel tenu le 8 avril, réunissant ministères, opérateurs publics et acteurs privés, a posé les premiers jalons.
Le communiqué officiel a été abondamment relayé. Certains médias ont titré que “la France dit adieu à Windows”, d’autres que “l’État lâche Microsoft”. La réalité est plus modeste. La DINUM annonce sa propre sortie de Windows au profit de Linux, soit un périmètre estimé à 200 ou 250 postes. Chaque ministère devra formaliser un plan de réduction des dépendances d’ici l’automne, couvrant le poste de travail, les outils collaboratifs, l’antivirus, l’IA ou encore les bases de données. À ce stade, il s’agit de cartographier et planifier. Les objectifs chiffrés viendront après.
Nous devons nous désensibiliser des outils américains et reprendre le contrôle de notre destin numérique. Nous ne pouvons plus accepter que nos données, nos infrastructures et nos décisions stratégiques dépendent de solutions dont nous ne maîtrisons ni les règles, ni les tarifs, ni les évolutions, ni les risques.
Des avancées concrètes certes, mais des obstacles persistants
Les progrès les plus tangibles se situent du côté de LaSuite, l’écosystème d’outils collaboratifs souverains de l’État. Tchap, la messagerie, compte environ 300 000 comptes actifs chaque mois. Visio, l’alternative à Zoom et Teams, en dénombrait 100 000 en février.
Le CNRS s’apprête à abandonner Zoom pour ses 34 000 agents et 120 000 chercheurs rattachés, l’Assurance maladie a engagé la bascule de ses 80 000 collaborateurs. À un million d’euros d’économies annuelles pour chaque tranche de 100 000 personnes migrées, l’argument budgétaire pèse. Le gouvernement a également confirmé que la plateforme des données de santé devra migrer vers un hébergement souverain d’ici fin 2026.
La souveraineté numérique n’est pas une option, c’est une nécessité stratégique. L’Europe doit se doter des moyens de ses ambitions.
Mais les obstacles restent sérieux. L’histoire des migrations Linux dans l’administration, de Munich à Grenoble, est jalonnée de revirements et d’enlisements. La DINUM elle-même souffre de moyens chroniquement insuffisants. Et la polémique avec les éditeurs français, qui dénoncent une concurrence déloyale de l’État développant ses propres outils sur leur terrain, n’est toujours pas tranchée.
Un vocabulaire politique inédit, un chantier immense
Au-delà des outils, le communiqué dessine une méthode nouvelle. Le gouvernement mise sur des “coalitions” associant ministères, opérateurs publics et industriels, appuyées sur les communs numériques et les standards d’interopérabilité (Open-Interop, OpenBuro). La direction des achats de l’État cartographie en parallèle l’ensemble des dépendances, pendant que la DGE travaille à définir ce que serait un “service numérique européen”. Les premières “rencontres industrielles du numérique”, prévues en juin, doivent formaliser une alliance public-privé autour de la souveraineté européenne.
Le ton employé par le gouvernement, qui parle ouvertement de “désensibilisation” vis-à-vis des outils américains, est sans précédent dans la communication officielle. Reste à voir si la mécanique administrative suivra le rythme de l’ambition politique.
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