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L’histoire méconnue des inventions du quotidien, nées de l’accessibilité
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Au quotidien, nous avons toutes et tous recours à de nombreux objets, services et technologies dont l’existence semble évidente et l’usage parfaitement ordinaire. Ce que beaucoup ne soupçonnent pas, c’est qu’une partie de ces inventions trouve son origine dans le handicap.

Introduction
Au quotidien, nous avons toutes et tous recours à de nombreux objets, services et technologies dont l’existence semble évidente et l’usage parfaitement ordinaire.
Ce que beaucoup ne soupçonnent pas, c’est qu’une partie de ces inventions trouve son origine dans le handicap.
Les sous-titres, les livres audio, les SMS, et même la brosse à dents électrique ne sont que quelques exemples, parmi tant d’autres, de solutions qui n’ont pas été pensées, à l’origine, pour le grand public.
Derrière ces innovations se trouvent des personnes ayant été confrontées à des obstacles très concrets, mais aussi des démarches de recherche, de conception et parfois des inventions réalisées par les personnes concernées elles-mêmes.
Ces solutions sont nées d’un besoin simple : permettre aux personnes handicapées de contourner certaines difficultés, de gagner en autonomie ou d’accéder à des usages jusque-là compliqués, voire impossibles, à cause d’un manque d’universalité dans la conception des produits, infrastructures, communications, environnements, etc.
Paradoxalement, des solutions, initialement pensées pour répondre à des situations particulières, sont donc devenues des évidences de la vie de tous les jours pour tout le monde.
Ce phénomène a d’ailleurs un nom : l’effet « bordure de trottoir » ou, en anglais, « curb-cut effect ».
Dans cet article, nous vous proposons un retour sur plusieurs inventions et usages largement démocratisés dans notre société, mais dont les racines sont étroitement liées à l’accessibilité.
Le mode vibreur
La réception d’appels et de notifications par vibrations, maintenant présent sur n’importe quel téléphone mobile, a été implanté pour la première fois en 1996 par Motorola avec le Motorola StarTAC.
Outre le fait de pouvoir sentir son téléphone dans un environnement bruyant, cette fonctionnalité permettait surtout de rendre les appels et notifications désormais perceptibles pour les personnes sourdes et malentendantes.
Grâce aux vibrations, il devenait alors possible d’être averti d’un appel sans dépendre uniquement du son.
La paille flexible
Dans les années 30, en observant sa fille de deux ans avoir du mal à boire son milkshake à la paille, son père, un inventeur du nom de Joseph Friedman, s’est adonné à repenser le design des pailles, qui n’étaient alors que de simples tubes rigides en papier, en s’aidant de vis et de fil dentaire.
Après avoir breveté son invention, les hôpitaux furent les tous premiers à adopter ces nouvelles pailles pliables car elles permettaient entre autres aux patients alités ayant des difficultés de motricité ou de déglutition de boire dans de meilleures conditions.
Avec l’essor du plastique, son usage s’est ensuite très largement popularisé à partir des années 60, pour devenir cet objet de la vie quotidienne que l’on connait aujourd’hui, apportant évidemment son lot d’impacts environnementaux.
Heureusement, des alternatives existent, telles que les pailles réutilisables en silicone ou en inox avec embout flexible.
Les fidgets toys
Vous souvenez-vous des handspinners ?
Ces toupies à main, qui avaient envahi les cours de récréation en 2017, ne sont qu’une énième itération d’un concept d’objet nommé « fidget toy » (« s’agiter, gigoter » en anglais) ayant vu le jour dans les années 1990 par le biais de recherche médicale dans l’ergothérapie sensorielle.

En effet, ces « jouets » sont à l’origine conçus pour aider les enfants avec TDAH à améliorer leur concentration et réguler leur stress.
Apparus comme un phénomène viral aussi vite qu’ils ont disparu du quotidien du grand public, les fidget toys, tout en continuant à accompagner les personnes initialement concernées, demeurent un moyen discret et thérapeutique envisageable pour qui souhaitant calmer son anxiété, travailler sa motricité fine, ou canaliser son énergie.
La brosse à dent électrique
Aujourd’hui largement recommandée par les professionnels de la santé bucco-dentaire, la première brosse à dent électrique, de son nom la BROXODENT, vit le jour en 1954 en Suisse.

Invention du Dr Philippe-Guy Woog, ce dernier étudia et prouva la corrélation entre la santé des gencives et l’alimentation moderne : cette dernière ayant eu tendance à se ramollir avec l’évolution de notre société et de nos habitudes de consommation, les problèmes gingivaux ont fortement augmenté, notamment chez les personnes ayant une motricité fine insuffisante pour exercer les mouvements de brossage et la pression requise pour obtenir un brossage efficace en profondeur.
Pour pallier à cette diminution progressive de la nourriture dure et crue qui permettait d’entretenir naturellement les gencives, il mit alors au point cette fameuse BROXODENT, mais ce n’est qu’à partir des années 90, que les brosses à dents électriques se sont progressivement popularisées, portées par les avancées technologiques et surtout la baisse de leurs prix.
Conclusion
Nous avons cité en introduction les SMS, les livres audio et les sous-titres.
Dans le même registre, la dactylographie, l’épluche-légumes ergonomique (via la marque OXO), la manette XBOX adaptative, le text-to-speech sont autant d’exemples d’inventions nées de l’accessibilité puis devenues largement répandues.
En 2025, nous écrivions :
Est-ce qu’améliorer l’accessibilité, c’est rendre service à tout le monde ?
Potentiellement, mais ce n’est pas l’objectif premier.
L’accessibilité vise avant tout à répondre au droit fondamental des personnes handicapées : celui de pouvoir vivre, se déplacer, apprendre, travailler, accéder à la culture comme toute personne.
Les bénéfices pour les autres publics (personnes âgées, parents, voyageurs) sont potentiellement réels, mais secondaires. Les mettre en avant en priorité, c’est dépolitiser la question, la réduire à du confort, et oublier que sans ces aménagements, certaines personnes restent exclues.
Autrement dit, l’histoire de ces inventions est très intéressante, mais le fait qu’elles aient été pensées pour les personnes handicapées puis bénéfiques pour tout le monde n’est pas (et ne doit pas constituer) un argument en faveur de l’accessibilité.
Les bénéfices induits pour le large public ne sont qu’une conséquence bienheureuse, l’objectif recherché étant le respect, l’application et la garantie des droits des personnes handicapées dans la société sous tout aspect (citoyen, culturel, professionnel, éducatif, sanitaire, etc.).
Ressources connexes
- Sur notre blog : Accessibilité ≠ confort : recentrer les priorités.
- Conférence de Romy DUHEM-VERDIÈRE : « Designer l’accessibilité : inclusion et accessibilité, du pareil au même ? » lors du Salon A11y Paris 2023.
- Ces innovations que le monde du handicap a portées (sur le Portail de l’accessibilité numérique du Grand-Duché de Luxembourg).
- Le handicap transforme le monde : 5 inventions nées du handicap (sur le site Signes de sens). Merci à Yann Goupil pour le partage.